Texte 1 - Homère - L'Odyssée

Écrit par Mme Le Bras. Publié dans Séquence I - Le voyage et l'aventure

Pour aller plus loin dans l'étude de l'Odyssée d'Homère, je vous suggère de consulter les liens suivants: 

 

Voici l'extrait étudié en classe: (chant X)

 Nous entrons dans ce port bien connu des marins : une double falaise, à pic et sans coupure, se dresse tout autour, et deux caps allongés, qui se font vis-à-vis au devant de l'entrée, en étranglent la bouche. Ma flotte s'y engage et s'en va jusqu'au fond, gaillards contre gaillards, s'amarrer côte à côte : pas de houle en ce creux, pas de flot, pas de ride ; partout un calme blanc. Seul je reste au dehors, avec mon noir vaisseau ; sous le cap de l'entrée, je mets l'amarre en roche : de troupeaux ou d'humains, on ne voyait pas trace ; il ne montait du sol, au loin, qu'une fumée.

  J'envoie pour reconnaître à quels mangeurs de pain appartient cette terre ; les deux hommes choisis, auxquels j'avais adjoint en troisième un héraut, s'en vont prendre à la grève une piste battue, sur laquelle les chars descendent vers la ville le bois du haut des monts. En approchant du bourg, ils voient une géante qui s'en venait puiser à la Source de l'Ours, à la claire fontaine où la ville s'abreuve : d'Antiphatès le Lestrygon, c'était la fille. On s'aborde ; on se parle : ils demandent le nom du roi, de ses sujets ; elle, tout aussitôt, leur montre les hauts toits du logis paternel.

  Mais à peine entrent-ils au manoir désigné, qu'ils y trouvent la femme, aussi haute qu'un mont, dont la vue les atterre. Elle, de l'agora, s'empresse d'appeler son glorieux époux, le roi Antiphatès, qui n'a qu'une pensée : les tuer sans merci. Il broie l'un de mes gens, dont il fait son dîner. Les deux autres s'enfuient et rentrent aux navires. Mais, à travers la ville, il fait donner l'alarme. A l'appel, de partout, accourent par milliers ses Lestrygons robustes, moins hommes que géants, qui, du haut des falaises, nous accablent de blocs de roche à charge d'homme : équipages mourants et vaisseaux fracassés, un tumulte de mort monte de notre flotte. Puis, ayant harponné mes gens comme des thons, la troupe les emporte à l'horrible festin.

   Mais pendant qu'on se tue dans le fond de la rade, j'ai pris le glaive à pointe, qui me battait la cuisse, et j'ai tranché tout net le câble du navire à la proue azurée. J'active alors mes gens. J'ordonne à mes rameurs de forcer d'avirons,  si l'on veut s'en tirer. Ils voient sur eux la mort ; ils poussent, tous ensemble, et font voler l'écume... 0 joie ! voici le large ! mon navire a doublé les deux caps en surplomb ; mais là-bas, a péri le reste de l'escadre.

Homère, Odyssée, traduction de Victor Bérard

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